Mr Robot – S01E03 : « Un 1 ou un 0 ? »

Le début de cette saison une de Mr Robot marque par son audace et son insolence. Risque-t-elle de rapidement tourner en rond, voire de se caricaturer elle-même ? C’est ce que laisse craindre ce 1.03. Encerclée de clichés, Mr Robot pourrait être la fausse bonne surprise de l’année.

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L’épisode 2 de Mr Robot était marqué par l’échange sur ce qu’est Elliot Alderson : « Un 1 ou un 0 ? Un oui ou un non ? Agir ou non ? » Un discours tenu par le prophétique Mr Robot, qui soulignait le manichéisme profond de la série : des gentils vraiment gentils, des pourris vraiment pourris… et rien entre les deux. Ce 1.03 est caractéristique de la bipolarité extrême de notre société que veut pointer du doigt le drama. À bon escient ? Encore faut-il que ce dernier ne tombe pas dans la caricature. Sans dire que ce 1.03 soit le premier faux-pas de Mr Robot, il laisse entendre qu’en ne livrant que des personnages et des intrigues extrêmes, la série pourrait enchaîner les clichés, quitte à se caricaturer elle-même. Le grand mal de chaque série voulant révolutionner le petit écran.

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Le premier extrême, c’est bien sûr Tyrell Wellick. Le grand ennemi d’Elliot dans cette saison une, celui qui incarne toute la domination et la dangerosité d’Evil Corp, est au centre de l’épisode. Après une présentation qui n’est pas sans rappeler le ton de l’ouverture d’American Psycho, le jeune loup échoue au moment où l’on s’y attendait le moins : non, il ne sera pas le prochain directeur technique du conglomérat international. Une honte pour son égo démesuré. Alors, pour laisser échapper toute sa colère et son dégoût, le voici qui se paie une séance de punching ball… avec un SDF, dans un coin mal famé de New York. Le mal poussé à son extrême. Malsain, même, lorsqu’il nous invite à une partie de sexe sadomasochiste avec sa femme, prête à accoucher, après avoir assouvi ses envies homosexuelles avec un homme envers qui il veut du mal. Sacré tableau. Trop lourd, même.

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L’autre extrême, évidemment, Elliot. L’image du looser solitaire qui n’est à l’aise qu’avec un clavier entre les mains. Drogue, paranoïa, violence, menaces, rien ne lui est épargné. Le looser attachant qui ne voit rien de bon dans notre société soumise, qu’il dépeint avec un cynisme aussi jouissif que révélateur sur la vision tranchée donnée par la série. Un personnage pour qui c’est une révolution de découvrir le passe-temps de sa sex friend. Un homme qui tente d’avoir une vie normale, avant que le mal absolu, encore et toujours incarné par Evil Corp, revienne au galop, étant à l’origine de la mort de son père. Inutile de préciser que le flashback dévoilant Elliot peu après le décès de son père, au coté d’une mère parfaitement indifférente et cynique à mourir, est la scène de trop de ce 1.03. Celle qui nous fait douter des capacités de Mr Robot à rester crédible et sérieuse, sans tomber dans la caricature, dix épisodes durant. D’ailleurs, après la scène en trop, nous sommes sur le point d’avoir l’intrigue en trop, celle du hacking de la vie privée de Angela et Ollie, symbole de la paranoïa omniprésente dans l’univers de Mr Robot.

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Si Mr Robot veut rester LA série surprise de cette année 2015, il faudra qu’elle compose avec une réalité : le monde n’est ni tout noir, ni tout blanc, mais très gris. Un méchant violent, psychopathe, arriviste, manipulateur, sans sentiment, c’est un Bad Guy trop beau pour être crédible. Un personnage asocial, drogué, génie de l’informatique, et des intrigues clichés, voilà de quoi relativiser la force émotionnelle du show. Mr Robot sera-t-elle un drama ambitieux ou une caricature séduisante ? Ce sera nécessairement l’un ou l’autre, mais pas les deux. Alors, lequel ? « Un un ou un zéro ? »

BaroKilleR : 7/10

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