House of Cards – S03E11 : This is politic

La politique est un milieu pourri, où chacun est prêt à tout pour accéder au pouvoir. Ce 3.11 de House of Cards en est une leçon par l’exemple, soulignant à quel point la politique est impitoyable. Avec un stratège, Frank Underwood, une cible, Heather Dunbar, et une sacrifiée, Jackie Sharp.

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Le cœur de la politique est abordé dès le début de l’épisode, lors de la visite de Claire auprès des doyennes américaines. Une femme se lève et interpelle l’épouse de Frank. Malgré toute sa « sincérité », elle estime impossible de croire que le président américain s’intéresse vraiment aux gens. Un simple échange, un seul dialogue, qui trouve tant d’écho dans notre société actuelle, complètement défiante vis-à-vis des politiciens et d’un système qui a si souvent échoué.

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C’est la politique politicienne qui est au centre de ce 3.11. Son côté repoussant, qui l’éloigne de la réalité des citoyens tels que ces femmes que Claire rencontre. La position de Jackie est celle du pion sacrifiable pour le bien du Roi. La stratégie du clan Underwood est simple est efficace, en apparence : tandis que Jackie attaque Dunbar tel un « pitbull », pour l’affaiblir, Frank, en bon président calme, serein et maître de l’événement, avance case après case vers sa seule véritable adversaire, pour « l’enterrer ». Il termine le travail de Jackie, met Dunbar en échec et mat, et récolte tous les lauriers. Jackie, trop agressive en « assurant le spectacle pour le public », aura blessée la cote de popularité de Dunbar, mais également la sienne. Seul Underwood sortira vainqueur du match à 3.

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Oui, mais voilà. Jackie a plus de dignité que ne veut le croire Frank. Accuser Dunbar de sexisme en cas d’attaques à destination de Claire, ou pointer du doigt que la très « égalitaire » candidate démocrate a placé ses propres enfants dans le privé, voilà deux points sur lesquels Sharp n’est pas d’accord avec la stratégie de Frank. Elle le fait savoir mais, surtout, elle sent venir le cadeau présidentiel empoisonné. Nous l’avons vu dans les épisodes précédents, notamment le 3.10, les envies d’indépendance de Jackie se font jour. Underwood ne fait que les accentuer, en l’obligeant à entrer dans la fosse aux lions.

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Alors, ce qui devait arriver arriva. Jackie franchit le cap décisif de la trahison et va à la rencontre de l’ennemi Heather Dunbar. Déçue par le destin que lui offre Underwood, son souhait est simple : attaquer Frank lors du débat, jeter l’éponge puis soutenir Dunbar, lui assurant de l’emporter dans les Etats clés de la primaire. Mais la politique reste la politique. En demandant à Dunbar le poste de ministre de la Défense, trop gourmande, Jackie, face à une Dunbar qui n’est pas prête à tout, elle, pour assouvir sa soif de pouvoir, déchante.

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Le début du débat s’en ressent. Jackie, comprenant qu’elle n’a rien à gagner à rejoindre Dunbar, « se contente » de ce qu’elle a. Alors, entre rien du tout et quelque chose, elle choisit le quelque chose, c’est-à-dire Frank. Elle joue son rôle de pitbull dès le début de l’échange. Son attaque sur les prétendues remarques sexistes de Dunbar surprend. Seul Frank, bien heureux de voir que son plan se déroule sans accroc, ne sursaute pas lors de cette attaque.

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Rappelons-nous la fameuse phrase de Frank, dans le 2.01. Ce moment à la fois magistral et déconcertant, censé justifier l’assassinat de Zoe Barnes (Kate Mara) : « Chaque chaton grandit pour devenir un chat. » Ce 3.11 reprend en fait la même idée : Jackie, sous ses airs agressifs, n’a, aujourd’hui, pas les épaules pour se lancer dans la vraie politique. La dure, l’impitoyable. Dès qu’elle tente sa deuxième attaque, sur le placement des enfants de Dunbar en internat, dans le privé, ses airs de dure à cuire s’effondrent. « Vous tenez vraiment à devenir présidente », lâche Heather Dunbar, stupéfaite. Cinglante, cette remarque démontre la bassesse de l’attaque de Jackie, une attaque qualifiée, même, de « dégoutante » par Dunbar, qui en profite pour lui renvoyer en pleine figure, tel un boomerang, son attaque précédente sur le sexisme. Jackie aurait-elle attaquée Dunbar sur la scolarisation de ses enfants, si c’était un homme ? Le plan de Frank s’écroule mais, comme prévu, c’est Jackie qui en paie le prix.

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La suite du débat vire alors au carnage. Car ce n’est pas Heather qui réplique et attaque à son tour Jackie sur le fait qu’elle aussi voit les enfants se son époux être scolarisés dans le privé… mais Frank Underwood lui-même. Et là, se révèle la véritable stratégie du président-candidat : « digne », « présidentiel », selon les termes des journalistes décryptant le débat, il a su affirmer son autorité en enterrant lui-même Jackie Sharp, pour mieux s’affirmer face à l’opinion publique, et rattraper Dunbar dans les sondages. Jackie est sacrifiée, comme prévu, mais pas de la manière attendue. C’est ça la politique. La trahison vient de partout. Du camp ennemi, comme de son propre camp. Sans pitié. Et lorsque Jackie demande des explications légitimes à Underwood, ce dernier retourne la situation pour lui montrer que, malgré le fait qu’elle a sans doute raison, c’est lui qui commande, et c’est elle qui obéit. Le rôle de Jackie était d’être sacrifié sur la place publique, pour le bien de la candidature du président actuel, et elle n’a pas à la ramener. C’est aussi simple que ça.

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Le double cliff’ de fin d’épisode, à savoir le soutien de Jackie pour Dunbar, pour « rien », et la démission de Remy, est donc la conséquence logique de la stratégie arriviste de Frank Underwood. Humiliée, trahie, Sharp préfère encore ne rien gagner mais protéger sa dignité, plutôt que de devenir colistière en avalant un tas de couleuvres toutes plus grosses les unes que les autres. C’est ça, la politique. Dans ce 3.11, Jackie a pris une leçon stratégique, et une claque politique. Elle a compris ce qu’est la vraie politique.

BaroKilleR : 9/10

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