House of Cards – S03E12 et S03E13 : Le mensonge

Ironie. La fin de la saison 3 de House of Cards, qui nous a de nouveau plongé dans la politique politicienne la plus hypocrite qui soit, explose dans un feu d’artifice de vérité : les personnages, fatigués de jouer un rôle, prennent conscience que leur personnalité n’est qu’un mensonge qu’ils s’inflige à eux-mêmes.

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Le principal mensonge qui explose en cette fin de saison, c’est bien évidemment celui que révèle Claire à Frank, et qui précipite la chute du couple présidentiel. Un couple qui se ment depuis des décennies sur leur amour, leurs ambitions. Claire reproche à Frank d’avoir pris toute la lumière, Frank reproche à Claire son appétit sans fin. C’est bien évidemment le gros cliff’ de cette troisième saison, qui était également son fil rouge. L’avortement de Claire, la visite à une électrice opposée à Frank et les mensonges répétés de celui-ci pour justifier sa démission de l’ONU ou son absence lors des meetings, concluent cette marche incessante vers le divorce présidentiel. Rappelons-nous les disputes, les réflexions sur le travail d’équipe, la nécessaire complémentarité du duo afin de surnager au milieu de la violence de l’océan politique. Et ce souhait, qui se faisait jour, épisode après épisode, de Claire, de devenir indépendante. D’être elle-même, et non plus un atout secondaire dans la course à la Maison-Blanche.

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En réalité, la séparation de Claire et Franck était prévisible, autant que la fin de ce mensonge sur lequel reposait leur duo. Non seulement Claire est destinée, depuis le début de la série, à devenir une femme politique de premier ordre, s’apparentant dès la première saison à une « Hillary Clinton » fictionnelle. Mais elle est logique dans la progression de la série dans son ensemble. Rappelez-vous l’article d’avant-saison publié sur CritiKilleR, « Pourquoi House of Cards est une mauvaise série ». L’un des arguments était que, après seulement deux saisons, nous avions d’ores et déjà fait le tour de la série : le leitmotiv de Frank, dans le 1.01, à savoir sa vengeance pour avoir été mis sur la touche par le nouveau président américain, était mort, et même dépassé, une fois Frank installé dans le Bureau ovale. House of Cards n’ayant plus rien à raconter, comment faire durer la série pendant une, deux, voire trois ou quatre nouvelles saisons ? L’une des évidences scénaristiques était bien entendu la fin de son couple éternel, et l’éventuelle transformation de Claire en une adversaire politique de premier ordre. Le couple diabolique se déchirant et devenant le pire ennemi de l’un comme de l’autre, sur la scène politique nationale et internationale, ne serait-ce pas un horizon dramatique prometteur ?

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Doug aussi se ment à lui-même. Un mensonge qui lui a été soufflé par Rachel/Cassie, alors qu’il était sur le point de la tuer. La tentative désespérée de la jeune femme de lui faire comprendre que « Rachel » est morte fonctionne, lui sauve la vie. Jusqu’à ce que Doug se rappelle qu’il n’est pas là pour lui, mais pour Underwood. De retour aux affaires, retrouvant la confiance de Frank, il est en mission pour ce dernier, bien que Rachel soit l’objet de son obsession la plus personnelle qui soit. Quelque part, le destin funeste de Rachel est sidérant sur ce qu’il révèle de Doug et sa loyauté. Doug Stamper, lui, épargne Rachel/Cassie, lui donne une seconde chance et repart à Washington. Un mensonge, aux yeux de l’autre Doug Stamper, celui qui est chef de cabinet du président américain. La mission est plus importante que les sentiments. Rachel doit mourir. Un point, c’est tout. Doug, conscient de se mentir à lui-même, continue, tout de même. Par loyauté.

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C’est un retour de nulle part que connaît Doug, dans cette troisième, saison. Laissé pour mort, mis sur la touche par Frank, le génial et torturé Stamper aura donc gravi un à un les échelons lui permettant de retrouver un réseau, la lumière et la confiance de Frank. L’on espérait que Doug devienne cet homme normal qu’il s’obstine à ne pas vouloir être. Un homme proche de son frère, aimant sa famille, prêt à vivre une vie normale. Dans le 3.10, encore, nous y croyions, lorsqu’il préférait regarder un film avec son frère plutôt que le débat décisif pour l’avenir d’Underwood. L’impression est donc, à la fin de cette saison 3, que Doug a gagné. Et perdu. Gagner une place à la Maison-Blanche qui semblait compromise à jamais. Perdu la possibilité de vivre une vie normale, où il penserait à lui et à ses proches, plutôt qu’à un seul homme dont chaque calcul est dicté par ses conséquences politiques.

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Remy et Jackie, eux, arrêtent de se mentir. Sur leur métier, sur la politique, et sur leur relation. Ils s’aiment, et le pas franchi par Remy, qui décide de tourner le dos à la vie politique, qui l’a dégoûté dans cette saison, est décisif pour Jackie : Non, elle ne peut se voiler la face plus longtemps. Elle n’est pas faite pour la vie superficielle que lui a dessinée Frank. Un mariage manquant de sincérité, des désirs passionnels refoulés sur l’autel du professionnalisme, un rôle de pion sans amour propre sacrifiable dès le premier débat des primaires démocrates… C’est trop à encaisser pour Jackie. Remy, lui, n’a jamais semblé aussi heureux depuis qu’il a démissionné de la Team Underwood (est-ce arrivé une seule fois depuis le début de la série que Remy sourit autant de fois en un seul épisode ?). La vérité est qu’ils ne sont pas faits pour l’arêne politique, et ne veulent que vivre de leur amour.

La critique globale de la saison 3 de House of Cards sera à lire prochainement sur CritiKilleR.

BaroKilleR : 9/10

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